Au terme d’une procès qualifié d’ »expéditif » par plusieurs avocats, la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis a fixé jeudi au 26 novembre le prononcé du verdict dans l’affaire du journaliste dissident Taoufik Ben Brik.
L’audience, qui a duré un peu plus de trois heures, s’est achevée en queue de poisson à la suite d’un différend entre les avocats de la défense et le président de la cour sur l’ordre d’intervention des avocats pour les plaidoiries.
Le journaliste qui comparaissait en état d’arrestation était accusé d’ »agression, atteintes aux bonnes mœurs et aux biens d’autrui » à la suite d’une altercation avec une femme qui a porté plainte. Lors de son interrogatoire, Ben Brik s’est dit « victime d’un piège tendu par les services de sécurité » après les articles critiques du régime tunisien qu’il a publiés dans la presse française. « C’est une affaire montée de toutes pièces« , a-t-il clamé en dénonçant par ailleurs « la falsification » de sa signature au bas des procès-verbaux de l’enquête de la police judiciaire présentés dans le dossier.
L’avocat français du journaliste, Me William Bourdon, a jugé « inquiétant » que l’affaire soit jugée sur le fond le jour même de l’ouverture du procès. « Je suis assez pessimiste quant au verdict« , a-t-il déclaré à l’Associated Press. (AP – 19 novembre 2009)
Tunisie: Ben Brik se dit victime d’un traquenard
Le journaliste opposant tunisien Taoufik Ben Brik s’est dit victime d’un « traquenard de la police » en comparaissant jeudi devant un tribunal de première instance de Tunis, qui a décidé de rendre son verdict jeudi prochain. Cette décision a été annoncée à l’issue d’une audience marquée par des échanges vifs et une confusion sur l’organisation de la défense de l’accusé.
Le journaliste jugé pour violences contre une automobiliste a affirmé qu’il était « victime d’un traquenard » posé, selon lui, par la police politique en raison de ses écrits contre le régime du président Zine El Abidine Ben Ali. « Je suis la victime et non l’accusé dans cette affaire entièrement montée par la police politique« , a-t-il répondu au juge, qui l’interrogeait sur les charges retenues à son encontre.
Ecroué depuis le 29 octobre, Taoufik Ben Brik (Zoghlami), 49 ans, était jugé pour « faits de violence, outrage public aux bonnes moeurs et dégradation volontaire des biens d’autrui » sur la base d’une plainte déposée contre lui par Rym Nasraoui, une femme d’affaires de 28 ans. Celle-ci l’accuse d’avoir délibérément embouti sa voiture, de l’avoir frappée et injuriée devant deux témoins.
L’avocat de cette femme, absente à l’audience, a affirmé que celle-ci n’avait « aucun lien avec la police ni avec la politique », écartant le fait que sa cliente, « représentante d’une société suisse », ait pu être manipulée par la police politique.
Des avocats de la défense ont demandé la libération du journaliste et le report des débats évoquant des « irrégularités » de forme et dénonçant tour à tour « un procès d’opinion » et « une mascarade au verdict établi à l’avance ».
Des avocats français et le président de l’organisation Reporters sans frontières » (RSF) ont assisté à l’audience au palais de justice de Tunis strictement surveillé par la police. (AFP – 19 novembre 2009)
Communiqué de Reportaires Sans feontières (RSF)
Alors que les agresseurs du journaliste Slim Boukhdhir courent toujours, le procès pour “agression“ de Taoufik Ben Brik s’est ouvert aujourd’hui, jeudi 19 novembre 2009, au palais de justice de Tunis. Après deux heures de plaidoiries, le juge a repoussé le verdict au 26 novembre.
« Il est absolument scandaleux qu’aucun représentant des chancelleries européennes n’ait daigné être présent aujourd’hui au procès. Certes, le ministre belge des Affaires étrangères a réagi clairement et courageusement, tandis que Bernard Kouchner se limitait à des déclarations timides. Mais la présence de diplomates aurait constitué un geste fort pour signifier aux autorités tunisiennes que la communauté internationale est attentive », s’est indigné Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.
« J’accuse la police politique. C’est Ben Ali et ses services spéciaux qui ont monté cette scène, parce que j’ai fait une fausse interview de Ben Ali », a vivement protesté Taoufik Ben Brik lors de l’audience. Interrogé par le juge sur ses “aveux“, le journaliste a répondu : « Non, ce n’est pas moi, c’est une autre signature. Mes avocats ont d’ailleurs porté plainte pour faux. Dans cette affaire, je suis l’otage de Ben Ali ».
Une délégation d’observateurs internationaux, composée de la députée européenne, Hélène Flautre, de Jean-François Julliard, et de l’avocat William Bourdon au Barreau de Paris, a pu entrer dans le palais de justice. Trois membres de la famille de Taoufik Ben Brik ont également pu assister au procès.
Toutefois, les journalistes tunisiens et les militants des droits de l’homme, dont Sihem Ben Sedrine, ont été refoulés à l’entrée. Une équipe de télévision de France 3 s’est également vu interdire l’accès au tribunal, alors même que les journalistes s’étaient enregistrés auprès de l’ACTE, Agence tunisienne de communication extérieure.
Arrêté le 29 octobre 2009 pour une affaire montée de toutes pièces, Taoufik Ben Brik a été placé sous mandat de dépôt pour “atteinte aux bonnes mœurs“, “diffamation“, “agression“ et “détérioration des biens d’autrui“. Il risque jusqu’à cinq ans de prison ferme. Par ce procès, les autorités tunisiennes lui font payer ses articles pour le Nouvel Observateur et le site Mediapart.



